
sous-bois
Mousse
Mousse
sous-bois
L’odeur du sol d’une forêt qui ne voit presque jamais le soleil : troncs tombés, pierres vertes et litière toujours humide.
- Molécule
- 1-octén-3-ol, l’« alcool de champignon »
- Où
- Ubacs, troncs et pierres à l’ombre
- Quand
- Toute l’année ; davantage après la pluie
- Famille olfactive
- Terreuse, verte, champignon
- En parfumerie
- Mousse de chêne, base du chypre
À quoi sent la mousse ?
Humide, verte et terreuse, avec quelque chose de vieux bois et de champignon.
Pourquoi sent-elle ainsi ?
La mousse sent peu, même si elle a sa propre chimie : dans les mousses analysées, c’est le 1-octén-3-ol, l’« alcool de champignon », qui ressort. Le reste vient de l’ensemble : la terre mouillée qu’elle retient, avec sa géosmine, le bois qui se décompose et les champignons qui vivent avec elle. Les mousses n’ont ni vraies racines ni vaisseaux pour faire circuler l’eau ; elles ne prospèrent donc que là où l’humidité demeure. C’est pourquoi leur odeur va toujours de pair avec celle de l’ombre.
Les molécules
La mousse a aussi sa propre chimie : dans les mousses qu’on a analysées, l’une des principales molécules de la fraction volatile est le 1-octén-3-ol, l’« alcool de champignon ». Ce que la parfumerie appelle mousse est autre chose, un lichen, et son odeur vient d’une autre molécule.
Champignon et sol forestier. Les champignons le fabriquent à partir d’un acide gras, l’acide linoléique ; on le trouve aussi dans des mousses et des hépatiques.
L’odeur de la mousse de chêne. On l’a d’abord décrit comme inodore ; il s’est ensuite révélé être ce qui apporte le plus à l’extrait.
Pour le sentir vous-même
Sentez un champignon de Paris entier. Puis écrasez-en un morceau à la fourchette et sentez-le de nouveau : l’odeur change et monte. Quand les cellules se brisent, leurs enzymes se mettent à couper un acide gras, et des molécules à huit carbones apparaissent, dont le 1-octén-3-ol. C’est la part champignon de l’odeur de sous-bois.
Le mot
Mousse, la plante, vient de l’ancien bas francique mosa. Lichen est le mot latin, pris au grec leichḗn, de leichein, « lécher » : la plante semble lécher son support. Les parfumeurs emploient deux lichens qui portent un nom de mousse : la « mousse de chêne », Evernia prunastri, que l’on récolte sur les chênes, et la « mousse d’arbre », Pseudevernia furfuracea, qui pousse surtout sur les pins et les cèdres.
En parfumerie
La mousse de chêne se travaille aux solvants ; en 2009, on en traitait en France environ 700 tonnes par an. Le lichen garde ses molécules sous forme de depsides, qui ne sentent pas, et l’odeur apparaît quand ils se cassent. C’est l’une des bases de l’accord chypre, que Coty a lancé en 1917 avec un parfum de ce nom, Chypre. En se cassant, d’autres depsides donnent de l’atranol et du chloroatranol, deux des allergènes de parfum qui ont causé le plus de cas d’allergie de contact. L’UE les a interdits dans les cosmétiques en 2017, avec des délais qui ont expiré en 2019 et en 2021, et l’industrie a mis au point des techniques pour les réduire dans les extraits.
Allergènes à déclarer dans l’UEEvernia Prunastri ExtractEvernia Furfuracea Extract
Le saviez-vous ?
En parfumerie, ce qu’on appelle « mousse de chêne » n’est pas une mousse : c’est un lichen, Evernia prunastri, qui pousse sur l’écorce des arbres.
Voir aussi : Terre mouillée, Busserole.
Sources
- Miranda, T. G. et al. « Volatile concentrate from the neotropical moss Neckeropsis undulata (Hedw.) Reichardt, existing in the Brazilian Amazon ». BMC Chemistry 15, 7 (2021). doi:10.1186/s13065-021-00736-3
- Wurzenberger, M.; Grosch, W. « The formation of 1-octen-3-ol from the 10-hydroperoxide isomer of linoleic acid by a hydroperoxide lyase in mushrooms (Psalliota bispora) ». Biochimica et Biophysica Acta 794, 25–30 (1984). doi:10.1016/0005-2760(84)90293-5
- Combet, E.; Henderson, J.; Eastwood, D. C.; Burton, K. S. « Influence of sporophore development, damage, storage, and tissue specificity on the enzymic formation of volatiles in mushrooms (Agaricus bisporus) ». Journal of Agricultural and Food Chemistry 57, 3709–3717 (2009). doi:10.1021/jf8036209
- Joulain, D.; Tabacchi, R. « Lichen extracts as raw materials in perfumery. Part 1: oakmoss ». Flavour and Fragrance Journal 24, 49–61 (2009). doi:10.1002/ffj.1916
- Règlement (UE) 2017/1410 de la Commission du 2 août 2017 modifiant les annexes II et III du règlement (CE) n° 1223/2009. JOUE L 202, 3-8-2017.
- Règlement (CE) n° 1223/2009 relatif aux produits cosmétiques, annexe III, entrées 91 et 92. JOUE L 342, 22-12-2009.
- Centre national de ressources textuelles et lexicales (CNRTL), Trésor de la langue française informatisé, s. v. « mousse » et « lichen ».
Planche : « Muscinae ». Ernst Haeckel, Kunstformen der Natur, 1904.