Gravure de 1887 : un chemin forestier détrempé après l’orage

pétrichor

Terre mouillée

Terre mouillée

pétrichor

L’odeur qui monte du sol quand la pluie commence à tomber après des jours secs. C’est l’une des rares odeurs que presque tout le monde reconnaît et que presque personne ne sait nommer.

S’appelle
Pétrichor
Molécule
Géosmine
Quand
Aux premières gouttes, après des jours secs
Qui l’a nommée
Isabel Bear et Richard Thomas, 1964
Famille olfactive
Terreuse, minérale
En parfumerie
Un accord, sauf le mitti attar

À quoi sent la terre mouillée ?

Terreuse, fraîche et un peu sucrée, avec une touche minérale. Elle est plus intense aux premières gouttes qu’au milieu de l’averse, et plus forte sur une terre et une pierre sèches que sur un sol déjà détrempé.

Pourquoi sent-elle ainsi ?

Elle a un nom, pétrichor, que lui ont donné en 1964 deux chercheurs australiens, Isabel Joy Bear et Richard Thomas. Elle naît de deux choses. D’abord, des huiles que les plantes libèrent par temps sec et que la roche et l’argile accumulent. Ensuite, la géosmine, une molécule fabriquée par des bactéries du sol du genre Streptomyces. Quand une goutte frappe un sol poreux, elle emprisonne des bulles d’air qui remontent, éclatent et projettent ces substances dans l’air.

Les molécules

Deux molécules de bactéries du sol, et toutes deux se perçoivent à des doses presque inimaginables : quelques nanogrammes dans un litre d’eau.

Fig. 1Géosmine(4S,4aS,8aR)-4,8a-diméthyldécahydronaphtalén-4a-ol

La terre fraîchement retournée ; c’est aussi le goût terreux de la betterave.

Seuil environ 10 ng par litre d’eau. La forme naturelle, la (−), se perçoit à une dose onze fois plus faible environ que son image spéculaire.

Fig. 22-méthylisobornéol2-MIB · 1,2,7,7-tétraméthylbicyclo[2.2.1]heptan-2-ol

Terre humide, cave, une pointe de moisi.

Seuil environ 10 ng par litre d’eau.

Pour le sentir vous-même

Laissez quelques jours sans arrosage un pot en terre cuite rempli de terre. Versez-y d’un coup un verre d’eau et approchez aussitôt le nez : l’odeur sort avec les premières gouttes et disparaît dès que la terre est détrempée.

Le mot

Pétrichor a été inventé par Bear et Thomas en 1964 à partir de deux mots grecs : petra, « pierre », et ichor, le fluide qui coulait dans les veines des dieux. Le sang de la pierre. Géosmine réunit gē, « terre », et osmē, « odeur ». Et mouiller vient du latin populaire *molliare, d’abord « attendrir le pain en le trempant », puis « mouiller » : amollir, ce que fait l’eau à la terre.

En parfumerie

Ce qui sent la terre mouillée dans un parfum ou une bougie est presque toujours un accord. La géosmine pure se vend très diluée, car c’est l’une des molécules les plus puissantes que l’on connaisse. L’exception naturelle se trouve en Inde : près de Kannauj, on cuit au soleil d’avant la mousson des disques d’argile, que l’on distille ensuite sur de l’huile de santal. C’est le mitti attar, le « parfum de terre », que Bear et Thomas décrivaient déjà en 1964.

Le saviez-vous ?

Le nez humain détecte la géosmine en quantités infimes : c’est la même molécule qui donne à la betterave son goût de terre. Avant un orage, on peut sentir en plus une odeur plus piquante et plus nette. C’est l’ozone, que la foudre forme en altitude et que les courants d’air rabattent jusqu’au sol.

Voir aussi : Mousse, Neige.

Sources
  1. Bear, I. J.; Thomas, R. G. « Nature of argillaceous odour ». Nature 201, 993–995 (1964). doi:10.1038/201993a0
  2. Gerber, N. N.; Lechevalier, H. A. « Geosmin, an earthy-smelling substance isolated from actinomycetes ». Applied Microbiology 13(6), 935–938 (1965). doi:10.1128/am.13.6.935-938.1965
  3. Joung, Y. S.; Buie, C. R. « Aerosol generation by raindrop impact on soil ». Nature Communications 6, 6083 (2015). doi:10.1038/ncomms7083
  4. Polak, E. H.; Provasi, J. « Odor sensitivity to geosmin enantiomers ». Chemical Senses 17(1), 23–26 (1992). doi:10.1093/chemse/17.1.23
  5. Young, W. F. et al. « Taste and odour threshold concentrations of potential potable water contaminants ». Water Research 30(2), 331–340 (1996).
  6. Centre national de ressources textuelles et lexicales (CNRTL), Trésor de la langue française informatisé, s. v. « mouiller ».

Planche : « Après l’orage », gravure d’après une huile de J. Morera. Die Gartenlaube, 1887.