Planche botanique de 1885 de la flouve odorante, l’herbe qui parfume le foin

coumarine

Foin fraîchement coupé

Foin fraîchement coupé

coumarine

L’odeur d’un pré de montagne un jour ou deux après la fauche, quand l’herbe coupée commence à sécher au soleil.

Molécule
Coumarine
La plante
Flouve odorante, Anthoxanthum odoratum
Quand
Quand l’herbe coupée sèche
Famille olfactive
Douce, herbacée
Fraîchement coupé
Il sent le vert : l’« alcool de feuille »

À quoi sent le foin fraîchement coupé ?

Douce, chaude et un peu amandée, avec un fond de vanille et de tabac blond.

Pourquoi sent-il ainsi ?

L’herbe fraîche sent le vert ; l’odeur de foin apparaît en séchant. Certaines plantes du pré, et surtout la flouve odorante, gardent dans leurs feuilles une substance sans odeur qui, quand elles se fanent, se transforme en coumarine. C’est elle qui donne au foin son odeur douce.

Les molécules

L’herbe fraîchement coupée et le foin ne sentent pas pareil parce que ce sont des molécules différentes, qui apparaissent à des moments différents. L’odeur verte naît quand la feuille se brise. La douce arrive ensuite, pendant que l’herbe se fane et sèche.

Fig. 1Coumarine2H-chromén-2-one

Foin, aigre-doux, avec un souvenir de vanille.

Fig. 2(Z)-3-hexén-1-ol(Z)-hex-3-én-1-ol

L’herbe fraîchement coupée. On l’appelle « alcool de feuille », et on l’a trouvé pour la première fois dans les feuilles de thé vert, en 1933.

Pour le sentir vous-même

Coupez une poignée d’herbe dans un pré et sentez-la : verte et piquante. Étalez-la au soleil deux jours, en la retournant, et sentez-la de nouveau. Le vert est presque parti, et une odeur douce est arrivée. Ce n’est pas le soleil qui l’a apportée : la plante la gardait sans odeur et l’a libérée en se fanant.

Le mot

Foin vient du latin fenum ; la même racine a donné le fenugrec, du latin f(a)enum graecum, littéralement « foin grec ». Et coumarine est un mot français, formé sur coumarou, l’arbre de la fève tonka, un nom arrivé en Europe depuis le tupi kumarú.

En parfumerie

La coumarine a été découverte dans la fève tonka, mais elle a vite cessé d’en dépendre : en 1868, William Henry Perkin a publié comment la fabriquer en laboratoire. Elle figure sur la liste des allergènes de parfum de l’UE depuis le règlement sur les cosmétiques de 2009, sous le nom INCI Coumarin.

Allergènes à déclarer dans l’UECoumarin

Le saviez-vous ?

Quand le foin de mélilot, une légumineuse qui donne aussi de la coumarine, moisit, certains champignons transforment la coumarine en dicoumarol, qui empêche le sang de coaguler. C’est en enquêtant sur les hémorragies mortelles du bétail nourri avec ce foin gâté qu’on a identifié le dicoumarol dans les années 1940, et c’est de lui qu’est née la warfarine, un anticoagulant.

Voir aussi : Camomille, Serpolet.

Sources
  1. Gorz, H. J.; Haskins, F. A.; Kleinhofs, A. « Genetic and biochemical aspects of o-hydroxycinnamic acid synthesis in Melilotus alba ». Proceedings of the 10th International Grassland Congress, 704–707 (1966).
  2. Hatanaka, A.; Kajiwara, T.; Matsui, K. « The biogeneration of green odour by green leaves and its physiological functions: past, present and future ». Zeitschrift für Naturforschung C 50, 467–472 (1995). doi:10.1515/znc-1995-7-801
  3. Perkin, W. H. « On the artificial production of coumarin and formation of its homologues ». Journal of the Chemical Society 21, 53–63 (1868). doi:10.1039/JS8682100053
  4. Chan, N. C. et al. « A short history of anticoagulant therapy ». Thrombosis Research 263, 109753 (2026). doi:10.1016/j.thromres.2026.109753
  5. Cornell University, Department of Animal Science. Plants Poisonous to Livestock : « Coumarin ».
  6. Règlement (CE) n° 1223/2009 du Parlement européen et du Conseil relatif aux produits cosmétiques, annexe III, entrée 77. JOUE L 342, 22-12-2009.
  7. PubChem (National Library of Medicine, États-Unis), CID 323 et 5281167, rubrique « Odor ».
  8. Centre national de ressources textuelles et lexicales (CNRTL), Trésor de la langue française informatisé, s. v. « foin » et « fenugrec ».
  9. Merriam-Webster.com Dictionary, s. v. « coumarin ».

Planche : flouve odorante (Anthoxanthum odoratum). O. W. Thomé, Flora von Deutschland, Österreich und der Schweiz, 1885.