Planche botanique des environs de 1880 de l’ambrette, avec une fleur jaune au cœur grenat, des feuilles lobées et un fruit ouvert plein de graines

musc de synthèse

Musc

Musc

musc de synthèse

Le musc était une sécrétion du porte-musc, un animal de la taille d’une chèvre, sans bois, des montagnes d’Asie. Aujourd’hui, les muscs de la parfumerie sont fabriqués, et l’industrie les classe en quatre familles de synthèse.

D’où il venait
Du porte-musc, en Asie
Aujourd’hui
Des molécules de synthèse
Musc végétal
La graine d’ambrette
Familles de synthèse
Nitrés, macrocycliques, polycycliques et alicycliques
Allergènes depuis 2023
Le galaxolide et l’hexadécanolactone

À quoi sent le musc ?

Chaud, doux et tenace, avec un fond animal. Les muscs de synthèse tirent vers le propre et le doux.

D’un animal d’Asie à une molécule de laboratoire.

Pourquoi sent-il ainsi ?

Le musc naturel se forme dans une poche glandulaire que le mâle du porte-musc porte sous le ventre. Sa molécule odorante, la muscone, a été isolée par Heinrich Walbaum en 1906, et en 1926 Leopold Ruzicka en a établi la formule, C16H30O, avec le groupe cétone pris dans un grand cycle, de quinze maillons. Les porte-musc sont protégés par la CITES, la convention sur le commerce des espèces menacées : les populations d’Afghanistan, du Bhoutan, de l’Inde, de Birmanie, du Népal et du Pakistan à son annexe I, les autres à l’annexe II. La chimie a trouvé des substituts avant même de connaître la molécule : en 1891, Albert Baur publiait ses « études sur le musc artificiel », des composés nitrés, puis vinrent les muscs macrocycliques, les polycycliques et les alicycliques. Ce sont des familles chimiques très différentes, et toutes sentent le musc.

Les molécules

Trois muscs de trois origines : animale, végétale et de laboratoire. Ce sont de grosses molécules pour une odeur, de 17 à 19 atomes sans compter les hydrogènes.

Fig. 1Muscone(R)-3-méthylcyclopentadécan-1-one

L’odeur du musc du porte-musc : « le porteur de l’odeur du musc », disait Ruzicka en 1926.

Fig. 2Ambrettolide(8Z)-1-oxacycloheptadéc-8-én-2-one

Musc végétal, de la graine d’ambrette : dans une analyse, 13 % de son huile.

Fig. 3Galaxolide4,6,6,7,8,8-hexaméthyl-1,3,4,7-tétrahydrocyclopenta[g]isochromène

Musc intense. Dans des stations d’épuration du Canada, c’était, avec deux autres polycycliques, le musc de synthèse le plus abondant dans l’air et dans l’eau.

Pour le sentir vous-même

Sentez, avec une autre personne, une serviette lavée avec de l’adoucissant. Beaucoup d’adoucissants contiennent des muscs de synthèse, et tout le monde ne les perçoit pas de la même façon : dans une étude sur mille personnes, deux variantes du récepteur OR4D6 étaient associées au fait de ne pas sentir le galaxolide. Il se peut que l’un trouve qu’elle sent le propre, et l’autre, presque rien.

Le mot

Musc est emprunté au bas latin muscus, pris au grec móschos, lui-même emprunté au persan musk, qui viendrait soit du sanskrit muṣká-, « testicule », soit d’un iranien *muska, de même sens. Le « musc végétal » est attesté en 1855. Ambrette est dérivé d’ambre ; en 1771, le mot désigne la « graine de Ketmia », à « odeur d’ambre et de musc très forte ». Et la muscone est faite de musc et de -one, la terminaison des cétones.

En parfumerie

Le musc du porte-musc est encore employé dans la médecine traditionnelle asiatique, en partie tiré d’animaux élevés en captivité. En parfumerie, la synthèse domine, et la loi a fait le tri : en 2009, le règlement européen sur les cosmétiques a interdit trois muscs nitrés (musc ambrette, moskène et musc tibétène) et en a limité deux autres, le musc xylène et le musc cétone. En 2023, deux muscs très employés, le galaxolide et l’hexadécanolactone, sont entrés dans la liste des allergènes à déclarer dans les cosmétiques. Le musc végétal existe : l’huile de graines d’ambrette contient de l’ambrettolide, entre 3 et 13 % selon les analyses, avec beaucoup d’acétate de farnésyle.

Allergènes à déclarer dans l’UEHexamethylindanopyranHexadecanolactone

Le saviez-vous ?

On connaît trois récepteurs humains des muscs, et chacun a sa spécialité : OR5AN1, la muscone ; OR5A2, les polycycliques et presque toutes les lactones macrocycliques ; et OR1N2, l’ambrettolide naturel. Ceux qui portent deux copies d’une variante d’OR5A2 ont besoin de 40 à 60 fois plus de certains muscs pour les sentir.

Voir aussi : Ambre, Santal.

Sources
  1. Walbaum, H. « Das natürliche Moschusaroma ». Journal für praktische Chemie 73(1), 488–493 (1906). doi:10.1002/prac.19060730132
  2. Ruzicka, L. « Zur Kenntnis des Kohlenstoffringes VII. Über die Konstitution des Muscons ». Helvetica Chimica Acta 9(1), 715–729 (1926). doi:10.1002/hlca.19260090197
  3. Baur, A. « Studien über den künstlichen Moschus ». Berichte der deutschen chemischen Gesellschaft 24(2), 2832–2843 (1891). doi:10.1002/cber.189102402106
  4. David, O. R. P. « A chemical history of polycyclic musks ». Chemistry – A European Journal 26(34), 7537–7555 (2020). doi:10.1002/chem.202000577
  5. Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (CITES), annexes I et II : Moschus spp. (texte publié dans le Tractatenblad van het Koninkrijk der Nederlanden 2013, n° 61).
  6. Jie, H. et al. « Elucidating metabolites and biosynthetic pathways during musk maturation: insights from forest musk deer ». Frontiers in Pharmacology 16, 1503138 (2025). doi:10.3389/fphar.2025.1503138
  7. Lu, X.; Sheng, Y.; Ye, H.; Yang, Z.; Meng, X. « Development of stereotypic behaviors and personality traits of captive male forest musk deer and relationships with musk secretion ». Veterinary Sciences 13(3), 261 (2026). doi:10.3390/vetsci13030261
  8. Emter, R.; Merillat, C.; Dossenbach, S.; Natsch, A. « The trilogy of human musk receptors: linking receptor activation, genotype, and sensory perception ». Chemical Senses 49, bjae015 (2024). doi:10.1093/chemse/bjae015
  9. Sato-Akuhara, N. et al. « Genetic variation in the human olfactory receptor OR5AN1 associates with the perception of musks ». Chemical Senses 48, bjac037 (2023). doi:10.1093/chemse/bjac037
  10. Li, B. et al. « From musk to body odor: decoding olfaction through genetic variation ». PLoS Genetics 18(2), e1009564 (2022). doi:10.1371/journal.pgen.1009564
  11. Chae, H.; Kwon, B. R.; Lee, S.; Moon, H.-B.; Choi, K. « Adverse thyroid hormone and behavioral alterations induced by three frequently used synthetic musk compounds in embryo-larval zebrafish ». Chemosphere 324, 138273 (2023) : les muscs de synthèse s’emploient dans les parfums, les cosmétiques, les savons et les adoucissants. doi:10.1016/j.chemosphere.2023.138273
  12. Li, W. L. et al. « Assessing contributions of synthetic musk compounds from wastewater treatment plants to atmospheric and aquatic environments ». Environmental Science & Technology 58(12), 5524–5533 (2024). doi:10.1021/acs.est.4c00840
  13. Arokiyaraj, S. et al. « Characterization of ambrette seed oil and its mode of action in bacteria ». Molecules 20(1), 384–395 (2014). doi:10.3390/molecules20010384
  14. Nguyên Xuân Dung et al. « Composition of the seed oil of Hibiscus abelmoschus L. (Malvaceae) growing in Vietnam ». Journal of Essential Oil Research 11(4), 447–452 (1999). doi:10.1080/10412905.1999.9701181
  15. National Center for Biotechnology Information. PubChem Compound Summary, rubriques « Odor », « Taste », « Uses » et « Odor Threshold » (données de la Hazardous Substances Data Bank et de Haz-Map), CID 91497 (galaxolide : « forte odeur de musc »).
  16. Règlement (CE) n° 1223/2009 du Parlement européen et du Conseil du 30 novembre 2009 relatif aux produits cosmétiques. JOUE L 342, 22-12-2009, annexe II, entrées 414, 421 et 422, et annexe III, entrées 96 et 97.
  17. Règlement (UE) 2023/1545 de la Commission du 26 juillet 2023, sur l’étiquetage des substances parfumantes allergisantes. JOUE L 188, 27-7-2023.
  18. Règlement (UE) 2023/1545 de la Commission du 26 juillet 2023 modifiant le règlement (CE) n° 1223/2009 en ce qui concerne l’étiquetage des substances parfumantes allergènes dans les produits cosmétiques. Journal officiel de l’Union européenne L 188 (27 juillet 2023), annexe III.
  19. Centre national de ressources textuelles et lexicales (CNRTL), Trésor de la langue française informatisé, s. v. « musc » et « ambrette ».
  20. Merriam-Webster.com Dictionary, s. v. « ambrette » et « muscone ».

Planche : ambrette ou ketmie musquée (Hibiscus abelmoschus, aujourd’hui Abelmoschus moschatus), dont les graines donnent le musc végétal. Francisco Manuel Blanco, Flora de Filipinas, grande édition, pl. 245, vers 1880–1883 (lithographie de C. Verdaguer, Barcelone).