
racine de graminée
Vétiver
Vétiver
racine de graminée
Le vétiver est une grande herbe qui pousse à l’état sauvage dans les marais du nord de l’Inde. En surface, c’est une touffe de feuilles dures ; ce qui sent est sous terre, dans des racines qui descendent jusqu’à quatre mètres.
- Plante
- Chrysopogon zizanioides, une graminée
- Ce qui sent
- La racine, pas la feuille
- Molécule clé
- Une cétone confirmée en 2021
- S’obtient
- Huile essentielle, distillée à partir de la racine sèche
- D’où elle vient
- 60 % de l’huile mondiale vient des Cayes, en Haïti
À quoi sent le vétiver ?
Boisé, terreux et sec, avec une pointe de pamplemousse au départ et un fond doux, presque ambré, qui tient des jours. Fraîchement distillé, il est plus âpre et plus vert ; avec le temps, il s’arrondit.
Une herbe qui sent par la racine.
Pourquoi sent-il ainsi ?
L’huile se distille à partir de la racine sèche, par lots qui durent, dans le sud de l’Inde, de trois à quatre jours. C’est un mélange de centaines de molécules, presque toutes des sesquiterpènes, et pendant des décennies on n’a pas su laquelle lui donnait son caractère. Les vétivones apportent la pointe de pamplemousse, et la géosmine, celle de la terre mouillée, la part terreuse. En 2021, une équipe de l’Institut Max-Planck de Mülheim a synthétisé la pièce manquante, la (+)-2-épi-ziza-6(13)-èn-3-one, et a montré qu’on la perçoit à 29 billionièmes de gramme par litre d’air. Son image dans un miroir, la même molécule inversée, ne sent rien.
Les molécules
Trois molécules pour trois parts de l’odeur : la cétone qui donne le caractère, celle qu’on a tenue pour responsable pendant quarante ans, et l’une de celles qui apportent le pamplemousse.
Boisée, ambrée et transparente : le caractère du vétiver. Son image dans un miroir ne sent rien.
Seuil 29 pg par litre d’air.
Elle sent aussi le vétiver, et on l’a tenue depuis 1980 pour sa molécule. Elle forme 2 % de l’huile, mais elle est environ 150 fois moins puissante que la précédente.
Seuil 4,7 ng par litre d’air.
Avec l’α-vétivone et la nootkatone, la note de pamplemousse du départ. C’est l’un des principaux constituants de l’huile.
Pour le sentir vous-même
Si vous trouvez de la racine sèche de vétiver, de celle qu’on range dans le linge, sentez-la telle quelle. Puis aspergez-la d’un peu d’eau et sentez-la de nouveau : mouillée, elle sent davantage. C’est ce qui se passe avec les écrans de vétiver en Inde.
Le mot
Vétiver est attesté en français en 1824, sous la forme vétyr-ver, pour « une sorte de plante graminée », puis en 1837 pour le parfum de sa racine, chez Balzac. Il vient du tamoul veṭṭivēru. En Inde et en anglais, on l’appelle aussi khus ou khus-khus, et ce mot se retrouve dans deux de ses molécules, le khusimol et la khusimone.
En parfumerie
On utilise l’huile essentielle et surtout l’acétate de vétivéryle, obtenu en acétylant les alcools de l’huile : il sent plus léger et plus floral, et c’est un fixateur très employé. L’IFRA limite l’huile de vétiver acétylée, pour des risques d’allergie cutanée et de toxicité. L’huile du nord de l’Inde, le khus, est différente : elle dévie la lumière polarisée dans le sens inverse des autres, et elle se paie plus cher là-bas. Et la première fraction de la distillation sous vide, la plus volatile, sent l’asperge.
Le saviez-vous ?
En Inde, on tisse avec la racine de vétiver des écrans qui rafraîchissent les maisons, les tatties. Ils parfument la pièce, surtout quand on les mouille.
Voir aussi : Patchouli, Terre mouillée.
Sources
- Ouyang, J.; Bae, H.; Jordi, S.; Dao, Q. M.; Dossenbach, S.; Dehn, S.; Lingnau, J. B.; Kanta De, C.; Kraft, P.; List, B. « The smelling principle of vetiver oil, unveiled by chemical synthesis ». Angewandte Chemie International Edition 60(11), 5666–5672 (2021). doi:10.1002/anie.202014609
- de Guzman, C. C.; Oyen, L. P. A. « Vetiveria zizanioides (L.) Nash ». Dans Oyen, L. P. A.; Nguyen Xuan Dung (éd.), Plant Resources of South-East Asia 19: Essential-oil plants. Backhuys Publishers, Leiden, pour la Prosea Foundation, Bogor (1999), 167–172.
- International Fragrance Association. IFRA Standards, 51st Amendment (janvier 2024) : « Acetylated vetiver oil » (2020).
- PubChem, CID 6428355 (« 2-epi-ziza-6(13)-en-3-one »), CID 14166207 (khusimone) et CID 442406 (β-vétivone).
- Centre national de ressources textuelles et lexicales (CNRTL), Trésor de la langue française informatisé, s. v. « vétiver ».
Représentation graphique pour Goiat, 2026 ; il n’existe pas de planche ancienne du vétiver dans le domaine public.