Planche botanique des environs de 1819 d’un patchouli de l’Inde, aux feuilles dentées et à l’épi de fleurs bleutées

feuille séchée et affinée

Patchouli

Patchouli

feuille séchée et affinée

Le patchouli est un arbrisseau tropical de la famille de la menthe et du thym. Son odeur n’est pas dans la fleur mais dans la feuille, et l’huile se distille à partir de la feuille sèche.

Plante
Pogostemon cablin, une Lamiacée
Ce qu’on distille
La feuille séchée et affinée
Molécule principale
Patchoulol
S’obtient
Huile essentielle, distillée à la vapeur à partir de la feuille sèche
Famille olfactive
Terreuse, boisée, balsamique

À quoi sent le patchouli ?

Terreux, boisé et balsamique, avec une pointe douce et épicée. C’est l’une des odeurs les plus tenaces : sur une mouillette, on la sent encore des mois plus tard.

Une feuille qu’il faut sécher, puis laisser s’affiner.

Pourquoi sent-il ainsi ?

La plante, Pogostemon cablin, est cultivée surtout à Sumatra, qui fournissait au milieu des années 1990 plus de 80 % de l’huile mondiale. Les feuilles sèchent quelques jours, de préférence à l’ombre, puis on les laisse s’affiner en tas, dans des paniers ou des fûts. Les cultivateurs expérimentés surveillent cet affinage au nez : s’il va trop loin, l’huile prend une note de moisi ; s’il s’arrête trop tôt, elle rend moins. Le composé le plus abondant de l’huile est le patchoulol, un alcool sesquiterpénique, mais il sent peu. Une bonne part du caractère revient à une autre molécule, le norpatchoulénol, environ cent fois moins abondant. L’huile fraîchement distillée a des notes vertes et de terre humide qu’elle perd en vieillissant : le patchouli s’améliore avec le temps.

Les molécules

Dans une huile de Java, le patchoulol représentait 26,7 % et le norpatchoulénol, 0,8 %. Les proportions trompent : le premier sent peu, et le second est, pour les chimistes qui l’ont étudié, une pièce maîtresse de l’odeur de l’huile.

Fig. 1Patchoulol(1R,3R,6S,7S,8S)-2,2,6,8-tétraméthyltricyclo[5.3.1.0³,⁸]undécan-3-ol

Terreux et camphré, de peu de puissance. C’est le constituant principal de l’huile ; pur, c’est un solide cristallin.

Fig. 2Norpatchoulénol(1S,3R,7R,8R)-2,2,8-triméthyltricyclo[5.3.1.0³,⁸]undéc-5-én-3-ol

Un carbone de moins que le patchoulol, et une double liaison. Il est environ cent fois moins abondant, mais pèse lourd dans l’odeur.

Pour le sentir vous-même

Si vous avez un pied de patchouli, coupez quelques feuilles et faites-les sécher quelques jours à l’ombre, sans chaleur : au-delà de 40 °C, presque toute l’huile se perd. Glissez-les ensuite dans le linge d’un tiroir, comme on le faisait traditionnellement en Asie, et sentez le tissu quelques jours plus tard.

Le mot

Patchouli est attesté en français en 1826, pour la plante ou ses feuilles séchées « dont l’odeur sert à éloigner les insectes ». Le mot vient de la côte orientale de l’Inde : les colons français l’ont probablement emprunté à un composé tamoul de patch, « vert », et ilai, « feuille ». Le genre, Pogostemon, a été décrit par Desfontaines en 1815 d’après ses étamines velues : pōgōn signifie « barbe » en grec, et le nom veut dire « à étamine barbue ».

En parfumerie

On utilise l’huile essentielle, presque toujours comme fixateur et presque toujours à petite dose ; dans les parfums orientaux, c’est souvent la note de fond. Son départ rappelle parfois l’huile de cade et celle de cèdre. L’huile distillée en Europe ou aux États-Unis, à partir de feuilles qui ont voyagé sèches, est plus fruitée et plus vineuse que celle d’Indonésie, car l’affinage se poursuit pendant le voyage. Depuis 2023, l’huile de patchouli figure sur la liste européenne des allergènes à déclarer dans les cosmétiques.

Allergènes à déclarer dans l’UEPogostemon Cablin Oil

Le saviez-vous ?

L’odeur est arrivée en Europe avant la plante. En Asie, on rangeait des feuilles sèches de patchouli entre les vêtements, contre les insectes et pour les parfumer, et l’odeur devint célèbre avec les châles et les étoffes venus de l’Inde. Les premières feuilles sèches n’arrivèrent à Londres qu’en 1844.

Voir aussi : Vétiver, Orchidée noire.

Sources
  1. Oyen, L. P. A. « Pogostemon Pellet. ». Dans Oyen, L. P. A.; Nguyen Xuan Dung (éd.), Plant Resources of South-East Asia 19: Essential-oil plants. Backhuys Publishers, Leiden, pour la Prosea Foundation, Bogor (1999), 151–156, et tableau de composition des échantillons (huile de Java, d’après Lawrence, 1990).
  2. Raza Bhatti, G.; Ingrouille, M. « Systematics of Pogostemon (Labiatae) ». Bulletin of the Natural History Museum, Botany Series 27(2), 77–147 (1997).
  3. Teisseire, P. J. (Roure Bertrand Dupont). « Intermediates useful for the production of norpatchoulenol ». Brevet US 4 055 594 (1977) : le norpatchoulénol, « extremely important odorant » ; rapport au patchoulol, « of the order of 1:100 ».
  4. The Good Scents Company, fiche « patchouli alcohol » (CAS 5986-55-0) : odeur et point de fusion.
  5. PubChem, CID 10955174 (patchoulol) et CID 6451732 (norpatchoulénol).
  6. Règlement (UE) 2023/1545 de la Commission du 26 juillet 2023, sur l’étiquetage des substances parfumantes allergisantes. JOUE L 188, 27-7-2023.
  7. Règlement (UE) 2023/1545 de la Commission du 26 juillet 2023 modifiant le règlement (CE) n° 1223/2009 en ce qui concerne l’étiquetage des substances parfumantes allergènes dans les produits cosmétiques. Journal officiel de l’Union européenne L 188 (27 juillet 2023), annexe III.
  8. Centre national de ressources textuelles et lexicales (CNRTL), Trésor de la langue française informatisé, s. v. « patchouli ».

Planche : Pogostemon plectranthoides (sous le nom de Wensea pyramidata), l’une des espèces de patchouli de l’Inde ; presque toute l’huile vient d’une autre, Pogostemon cablin. J. C. Wendland, Collectio plantarum tam exoticarum quam indigenarum, pl. 84, vers 1819.