Planche botanique de 1890 d’un rameau de gaïac aux fleurs bleu pâle, avec un fruit

palo santo du Chaco

Gaïac

Gaïac

palo santo du Chaco

L’huile de gaïac vient du bois d’un arbre du Gran Chaco, le palo santo. Son nom, elle l’emprunte à un autre arbre de la même famille, le gaïac de l’Amérique tropicale.

Arbre
Bulnesia sarmientoi, le palo santo
Molécules
Bulnésol et guaiol
Protection
À l’annexe II de la CITES
Aspect
Semi-solide ; fond entre 40 et 50 °C
La résine du gaïac ancien
Elle bleuit en s’oxydant : on s’en sert pour chercher du sang occulte

À quoi sent le gaïac ?

Boisé, sec et doux, avec une touche d’épice et un fond de rose thé. Une odeur tranquille, de fond, qui tient les autres.

Il porte le nom d’un autre arbre.

Pourquoi sent-il ainsi ?

Le palo santo, Bulnesia sarmientoi, est un arbre du Chaco semi-aride, entre l’Argentine, le Paraguay et la Bolivie, dont le bois est parmi les plus denses du monde. L’huile se tire du duramen, le cœur du tronc, brun verdâtre, en distillant à la vapeur de la sciure ou des copeaux ; le Paraguay en est le premier exportateur. Elle est faite surtout de deux alcools sesquiterpéniques presque jumeaux, le bulnésol et le guaiol : dans une analyse de bois de Formosa, en Argentine, ils en formaient près de 87 %. C’est pourquoi l’huile est semi-solide à température ambiante et fond entre 40 et 50 °C. Dans le commerce de la région, on l’appelle « guayacol », mais ce n’est pas le gaïacol de la fumée : celui-là est une autre molécule, qui a pris son nom de la résine du gaïac ancien.

Les molécules

Deux alcools presque jumeaux, de même formule, C15H26O, et de même squelette : seule change la place d’une double liaison. On les trouve aussi tous deux dans les bourgeons du peuplier.

Fig. 1Bulnésol2-[(3S,3aS,5R)-3,8-diméthyl-1,2,3,3a,4,5,6,7-octahydroazulén-5-yl]propan-2-ol

Le plus abondant dans une huile argentine : 58 %. Son odeur, prise à part, est peu décrite.

Fig. 2Guaiol2-[(3S,5R,8S)-3,8-diméthyl-1,2,3,4,5,6,7,8-octahydroazulén-5-yl]propan-2-ol

Boisé doux, de rose thé. Dans la même huile, près de 29 %.

Pour le sentir vous-même

Si vous avez un objet en palo santo du Chaco, poncez au papier de verre fin une partie cachée et sentez la sciure : l’huile se distille justement à partir de la sciure et des copeaux du cœur du tronc. Et attention au nom : dans le commerce, on appelle aussi « palo santo » Bursera graveolens, un arbre d’une autre famille, les Burséracées.

Le mot

Gaïac est emprunté, par l’espagnol d’Amérique, au taïno guayak. Sa première attestation en français, vers 1520, est dans la traduction du livre d’Ulrich von Hutten : « La medecine de Guaiacum ». Au XVIIIe siècle, dans le commerce des remèdes, palo santo était le nom espagnol du bois de gaïac, qu’on vendait contre la syphilis.

En parfumerie

On utilise l’huile essentielle, surtout comme fixateur, et aussi ses acétates, à l’odeur douce et boisée. Le palo santo est inscrit à l’annexe II de la CITES : le commerce international de ses grumes, sciages, placages, contreplaqués, poudre et extraits exige un permis ; les produits finis qui contiennent ces extraits, comme un parfum, non. Les gaïacs anciens, le genre Guaiacum, figurent aussi à cette annexe. Aucun des deux n’est sur la liste européenne des allergènes.

Le saviez-vous ?

En 1519, le poète allemand Ulrich von Hutten publia un livre sur la cure au bois de gaïac qu’il avait suivie contre le « mal français ». Une étude de ses restes publiée en 2025 conclut qu’il n’avait probablement pas la syphilis, mais le pian, une maladie apparentée.

Voir aussi : Peuplier, Braises.

Sources
  1. Enríquez, M. B.; Orrabalis, C. J. « Caractérisation chimique de l’huile essentielle extraite du bois de Bulnesia sarmientoi Lorenz ex Griseb. (palo santo) récolté dans le département de Matacos, province de Formosa, Argentine » [en espagnol]. Multequina 28, 59–66 (2019).
  2. Isidorov, V. A.; Vinogorova, V. T. « GC-MS analysis of compounds extracted from buds of Populus balsamifera and Populus nigra ». Zeitschrift für Naturforschung C 58(5–6), 355–360 (2003). doi:10.1515/znc-2003-5-612
  3. Règlement (UE) 2023/966 de la Commission du 15 mai 2023 modifiant le règlement (CE) 338/97 (commerce des espèces de faune et de flore sauvages), annexe B et annotation #11. JOUE, 2023.
  4. Gantenbein, U. L. « The poet Ulrich von Hutten (1488–1523) and the French disease: the records and human remains of a probable yaws patient ». Medical History 69(1), 1–21 (2025). doi:10.1017/mdh.2024.38
  5. Gänger, S. « World trade in medicinal plants from Spanish America, 1717–1815 ». Medical History 59(1), 44–62 (2015). doi:10.1017/mdh.2014.70
  6. Hadjipetrou, A.; Anyfantakis, D.; Galanakis, C. G.; Kastanakis, M.; Kastanakis, S. « Colorectal cancer, screening and primary care: a mini literature review ». World Journal of Gastroenterology 23(33), 6049–6058 (2017). doi:10.3748/wjg.v23.i33.6049
  7. Parichanon, P. et al. « Chemical profiling, sensory qualities, and bioactivities of essential oils obtained from Aloysia citrodora and Bursera graveolens Ecuadorian plants against the mosquito Aedes albopictus ». Insects 16(2), 202 (2025). doi:10.3390/insects16020202
  8. The Good Scents Company, fiches « guaiacwood oil », « guaiol » et « guaiacwood acetates » : description de l’odeur.
  9. Règlement (UE) 2023/1545 de la Commission du 26 juillet 2023 modifiant le règlement (CE) n° 1223/2009 en ce qui concerne l’étiquetage des substances parfumantes allergènes dans les produits cosmétiques. Journal officiel de l’Union européenne L 188 (27 juillet 2023), annexe III.
  10. Centre national de ressources textuelles et lexicales (CNRTL), Trésor de la langue française informatisé, s. v. « gaïac ».

Planche : gaïac (Guaiacum officinale), l’arbre qui a donné son nom à l’huile ; celle d’aujourd’hui vient d’un parent de la même famille, le palo santo (Bulnesia sarmientoi). F. E. Köhler, Köhler’s Medizinal-Pflanzen, 1890.