Planche botanique de 1887 : rameau d’oranger amer avec fleurs et oranges

écorce et fleur d’oranger

Orange amère

Orange amère

écorce et fleur d’oranger

Le bigaradier, ou oranger amer, est celui des rues de Séville et de la marmelade anglaise. Un même arbre donne trois odeurs distinctes : l’écorce, la fleur et la feuille.

Molécules
Limonène, linalol et aldéhydes
D’où ça vient
Écorce, fleur et feuille de Citrus aurantium
Dérivés
Néroli, petit-grain et eau de fleur d’oranger
Famille olfactive
Hespéridée et florale
Rendement
1 kg de fleurs donne 1 g de néroli et 0,7 l d’eau de fleur d’oranger

À quoi sent l’orange amère ?

L’écorce sent l’orange, mais plus sèche, plus amère et plus verte que l’orange douce. La fleur, la fleur d’oranger, est sucrée, blanche, un peu miellée ; la feuille, verte et boisée.

Un arbre, trois odeurs : écorce, fleur et feuille.

Pourquoi sent-elle ainsi ?

L’écorce est pleine de glandes d’huile essentielle, qui jaillit quand on la gratte ou qu’on la pèle. Plus de 90 % de cette huile est du limonène, d’odeur hespéridée douce ; le caractère vient de molécules bien moins abondantes, comme le linalol et des aldéhydes tels que l’octanal et le décanal. De la fleur, on distille le néroli et, du même coup, l’eau de fleur d’oranger ; leur odeur est marquée par le linalol, l’acétate de linalyle et, en petite quantité, l’anthranilate de méthyle. Des feuilles et des jeunes rameaux vient le petit-grain, plus vert. Le nom de néroli viendrait, selon le TLFi, de l’épouse d’un prince de Nerola, qui aurait introduit cette essence en France.

Les molécules

Une molécule pour chaque partie de l’arbre : un aldéhyde de l’écorce, un ester qui domine dans la feuille et une molécule azotée qui apparaît dans la fleur.

Fig. 1Décanaldécanal

Écorce d’orange, avec un fond cireux, savonneux.

Fig. 2Acétate de linalyleacétate de 3,7-diméthylocta-1,6-dién-3-yle

Sucré et fruité. Il représente entre 40 % et 72 % du petit-grain, l’huile de la feuille.

Fig. 3Anthranilate de méthyle2-aminobenzoate de méthyle

Floral et miellé. Il est présent dans le néroli ; dans l’extrait de fleur au CO2, il atteint 1 %.

Pour le sentir vous-même

À la fin du printemps, quand le bigaradier fleurit, pliez une feuille entre vos doigts et sentez-la à côté d’une fleur ouverte. Voilà le petit-grain et le néroli : deux huiles différentes du même arbre, à quelques centimètres l’une de l’autre. De préférence tôt le matin : c’est l’heure où l’on cueille la fleur d’oranger pour la distiller.

Le mot

Orange vient, par l’italien, de l’arabe nāranǧ, lui-même emprunté au persan nārang. L’ancien français disait pome d’orenge, calque probable de l’ancien italien melarancio, « pomme-orange » ; le o initial s’explique sans doute par le nom de la ville d’Orange. Au Moyen Âge, le mot désignait l’orange amère. Celle-ci a aussi son nom à elle, bigarade, emprunté au provençal bigarrado, de la même origine que bigarrer.

En parfumerie

Le bigaradier fournit plusieurs matières premières. L’essence d’écorce est pressée à froid ; dans le sud de l’Italie, on l’a longtemps obtenue avec des éponges. Le néroli se distille avec la fleur plongée dans l’eau de l’alambic, et non à la vapeur, parce que la vapeur tasse les fleurs. L’eau de fleur d’oranger, qui sort en même temps, emporte en solution jusqu’au quart de l’arôme. Avec un solvant, on obtient l’absolue de fleur d’oranger, dense et très proche de la fleur fraîche. Et des feuilles et des jeunes pousses, distillées à la vapeur, on tire le petit-grain. L’essence d’écorce tache la peau au soleil : l’IFRA la limite à 1,25 % dans les produits non rincés.

Allergènes à déclarer dans l’UECitrus Aurantium Amara Peel OilCitrus Aurantium Amara Flower OilLinaloolLinalyl AcetateLimonene

Le saviez-vous ?

L’oranger amer est arrivé en Méditerranée il y a environ mille ans.

Voir aussi : Bergamote, Citron.

Sources
  1. Oyen, L. P. A.; Jansen, P. C. M. « Citrus aurantium L. cv. group Bouquetier ». In Oyen, L. P. A.; Nguyen Xuan Dung (éd.), Plant Resources of South-East Asia 19: Essential-oil plants. PROSEA, Bogor (1999).
  2. EFSA FEEDAP Panel. « Safety and efficacy of a feed additive consisting of an essential oil from the leaves of Citrus × aurantium L. (petitgrain bigarade oil) for use in all animal species ». EFSA Journal 19(6), 6624 (2021). doi:10.2903/j.efsa.2021.6624
  3. González-Mas, M. C. et al. « Volatile compounds in Citrus essential oils: a comprehensive review ». Frontiers in Plant Science 10, 12 (2019). doi:10.3389/fpls.2019.00012
  4. Acree, T.; Arn, H. Flavornet and human odor space. Datu Inc. / Cornell University, flavornet.org (2004) : descripteurs d’odeur par molécule.
  5. International Fragrance Association. IFRA Standards, 51st Amendment (janvier 2024) : « Bitter orange peel oil expressed » (2020).
  6. Règlement (UE) 2023/1545 de la Commission du 26 juillet 2023 relatif à l’étiquetage des substances parfumantes allergisantes dans les produits cosmétiques. JOUE L 188, 27-7-2023.
  7. Centre national de ressources textuelles et lexicales (CNRTL), Trésor de la langue française informatisé, s. v. « orange », « bigarade » et « néroli ».

Planche : oranger amer (Citrus × aurantium, sous le nom de Citrus vulgaris). F. E. Köhler, Köhler’s Medizinal-Pflanzen, 1887.