Gravure de 1803 de fins cirrus haut dans le ciel et d’un cumulus au-dessus d’un paysage de collines

accord de parfumerie

Air frais

Air frais

accord de parfumerie

« Air frais » désigne, dans les fiches de parfumerie, un accord ozonique ou marin : l’idée d’une fenêtre ouverte ou de la brise. Il ne contient ni air ni ozone ; on le construit avec des molécules de synthèse. Ce n’est pas l’air de la montagne : celui-là, celui d’un jour de froid, se trouve à l’entrée de la neige.

Ce que c’est
Un accord ozonique ou marin
Molécules
Calone, hélional et floralozone
Ce qu’il ne contient pas
De l’ozone
Famille olfactive
Ozonique, marine
Seuil de l’ozone
Entre 0,0076 et 0,03 partie par million dans l’air

À quoi sent l’air frais ?

Propre, aqueux et vert, avec une pointe de pastèque et une autre de foin fraîchement coupé.

Il sent l’ozone et ne contient pas d’ozone.

Pourquoi sent-il ainsi, s’il ne contient pas d’ozone ?

L’ozone existe, et il sent : c’est de l’oxygène à trois atomes, O3, qui se forme lors des décharges électriques. Christian Friedrich Schönbein a remarqué son odeur en 1839, en faisant passer du courant dans de l’eau, et en 1840 il a proposé pour la nouvelle substance le nom d’ozone. Mais c’est un oxydant puissant, et ce que la parfumerie appelle ozonique ne contient pas d’ozone. L’« air frais » de la parfumerie est venu d’ailleurs : en 1966, trois chimistes de Pfizer ont demandé un brevet pour des benzodioxépinones employées comme arômes et parfums, au goût et à l’odeur « de pastèque », frais et de feuille. L’une d’elles, la 7-méthyl, est celle qu’on vend aujourd’hui sous le nom de Calone pour donner une note marine. À ses côtés travaillent des aldéhydes comme l’hélional, aqueux avec une touche de foin, et le floralozone, frais et ozonique.

Les molécules

Trois molécules de synthèse, et aucune n’est de l’ozone. La première a été brevetée pour son odeur de pastèque, bien avant qu’on la dise marine.

Fig. 1Calone7-méthyl-2H-1,5-benzodioxépin-3(4H)-one

Fraîche, de feuille et de pastèque, selon son brevet de 1966. On l’emploie aujourd’hui pour donner la note marine.

Fig. 2Hélional3-(1,3-benzodioxol-5-yl)-2-méthylpropanal

Aqueux, frais et vert, ozonique, avec une touche de cyclamen et de foin.

Fig. 3Floralozone3-(4-éthylphényl)-2,2-diméthylpropanal

Ozonique, propre, frais et vert, de brise marine. Il n’existe pas dans la nature.

Pour le sentir vous-même

Sentez une tranche de pastèque côté chair pâle, près de l’écorce. Pensez ensuite à un parfum « marin » : la molécule qu’on emploie aujourd’hui pour cette note, la Calone, a été brevetée en 1966 pour son odeur et son goût « de pastèque », pas de mer.

Le mot

Ozone, attesté en français en 1845, est emprunté à l’allemand Ozon, que Schönbein forma en 1840 sur le participe présent du grec ózein, « exhaler une odeur ». Le nom lui fut suggéré par un collègue de Bâle, W. Vischer, professeur de grec : le gaz s’appelle, littéralement, « ce qui sent ». Air vient du latin aer, du grec aḗr. Et frais vient d’un mot germanique, *frisk, « récent, inaltéré, frais ».

En parfumerie

Tout est synthèse : il n’y a aucune matière naturelle à distiller. En 2003, on a décrit une autre benzodioxépinone, avec une chaîne isopentyle à la place du méthyle, qui s’est révélée un odorant marin extrêmement puissant. La Calone est fabriquée en volumes qui obligent à l’enregistrer en Europe avec des études de toxicité complètes : chez le rat, elle n’a montré aucun effet indésirable, même à la plus forte dose testée, d’environ 800 à 900 mg par kilo et par jour. Aucune de ces trois molécules ne figure sur la liste européenne des allergènes des parfums.

Le saviez-vous ?

Avant d’avoir un nom, l’odeur de l’ozone s’appelait « odeur de l’électricité » : les machines électrostatiques la dégageaient, et van Marum l’attribua à l’électricité elle-même. Schönbein la reconnut aussi quand la foudre tomba sur une église près de chez lui, à Bâle, et que l’odeur mit longtemps à se dissiper.

Voir aussi : Neige, Terre mouillée.

Sources
  1. Rubin, M. B. « The history of ozone. The Schönbein period, 1839–1868 ». Bulletin for the History of Chemistry 26(1), 40–56 (2001). doi:10.70359/bhc2001v026p040
  2. National Center for Biotechnology Information. PubChem Compound Summary, rubriques « Odor », « Taste », « Uses » et « Odor Threshold » (données de la Hazardous Substances Data Bank et de Haz-Map), CID 24823 (ozone : odeur piquante ; seuil olfactif de 0,0076 à 0,03 ppm, selon l’AIHA).
  3. Beereboom, J. J.; Cameron, D. P.; Stephens, C. R. (Chas. Pfizer & Co.). « 1,5-Benzoxepin- and -benzodioxepin-3-ones as flavor and odorant agents ». Brevet US 3.517.031 (déposé le 15-8-1966 ; publié le 23-6-1970).
  4. Kraft, P.; Eichenberger, W. « Conception, characterization and correlation of new marine odorants ». European Journal of Organic Chemistry 2003(19), 3735–3743 (2003). doi:10.1002/ejoc.200300174
  5. Liu, H.; Ida, L.; Birkbeck, A. A.; Lantto, T. A.; Etter, S.; Delaney, B. « Repeated dose toxicity study to assess the safety and reproductive/developmental safety of 7-methyl-2H-1,5-benzodioxepin-3(4H)-one (Calone®)… ». Food and Chemical Toxicology 168, 113328 (2022). doi:10.1016/j.fct.2022.113328
  6. The Good Scents Company, fiche « helional » (rw1007732) et fiche « ozone propanal / floralozone » (rw1005231), consultées le 18-10-2026.
  7. Règlement (UE) 2023/1545 de la Commission du 26 juillet 2023 modifiant le règlement (CE) n° 1223/2009 en ce qui concerne l’étiquetage des substances parfumantes allergènes dans les produits cosmétiques. Journal officiel de l’Union européenne L 188 (27 juillet 2023), annexe III.
  8. Centre national de ressources textuelles et lexicales (CNRTL), Trésor de la langue française informatisé, s. v. « ozone », « air » et « frais ».
  9. Merriam-Webster.com Dictionary, s. v. « ozone ».

Planche : des cirrus en haut et un cumulus en bas, à l’aquatinte. Luke Howard, « On the Modification of Clouds », l’essai qui a donné leur nom aux nuages, 1803.